L’île du Guesclin et son fort

L’île, le fort

L’île du Guesclin est située à Saint-Coulomb en Bretagne dans l’anse du même nom qui se trouve sur le sentier littoral entre Saint-Malo et Cancale. C’est une île à temps partiel, accessible à marée basse et le reste du temps isolée à quelques centaines de mètres de la plage. Le Fort du Guesclin est construit sur un îlot, un rocher de granit, de 7300 m2. Bâti sur l’ancienne enceinte du fort, on accède à la demeure par un escalier taillé dans la roche. Ce rocher de granit forme un des plus beaux sites renommés de Bretagne.

Un environnement exceptionnel

L’île du Guesclin et ses alentours bénéficient d’une situation géographique unique, « entre terre et mer », avec une faune et une flore très riche, caractéristique du pays malouin. Les eaux entourant l’île offrent d’une biodiversité liée au phénomène de marée, qui est la plus élevée en Europe. Hormis la réputation gastronomique des congres, homards, moules, huîtres et coquilles Saint-Jacques, on peut identifier plusieurs dizaines d’espèces lors d’une plongée.

La plage longue de près d’un kilomètre, est bordée sur toute sa longueur par un cordon dunaire.

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Celui-ci a souffert à la fin des années 60 des extractions de sable. Son classement en site naturel a permis la restauration de cette dune. Des plantations d’oyats ont assuré la réimplantation de toute une flore spécifique à ce milieu (panicaut maritime, criste marine, pourpier des sables…) et d’une faune variée (alouette des champs, pipit farlouse, traquet motteux…).

Depuis l’île, des paysages magnifiques !

De la pointe nord on peut apercevoir, par temps clair, les îles Chausey. Et on est aux premières loges pour voir passer les concurrents de la Route du Rhum !

Des couchers de soleil  à n’en plus finir ! 

La marée, une composante à ne pas négliger.

Cette marée qui bat le fort sans relâche entoure l’île et l’isole deux fois par jour, et réserve des fois des surprises ! Parfois en avance, ou en retard sur les horaires, on vit à son rythme.

Lorsque la mer se retire, des bancs de sable apparaissent et permettent d’y accéder.

On dit que ‘’la mer ferme à … 

….et la mer ouvre à… ‘’

Pour savoir à quel moment l’ile est découverte ou entourée, il faut ajouter trois heures aux horaires des marées de la baie de St Malo publiés par l’annuaire des marées. Pour l’ouverture (accessibilité à l’ile) : +3 h sur l’heure de la pleine mer. Pour la fermeture (l’île entourée) : +3 heures sur l’heure de la basse mer.

Un peu d’histoire

Outre les faits d’histoire illustrés avec le passage des barbares, des anglais et d’une famille illustre de Bretagne… l’île doit aussi son aura à l’un de ses hôtes, Léo Ferré, qui y a trouvé l’inspiration pour écrire et chanter quelques-uns de ses plus grands succès.

« Ce fort a connu trois périodes d’occupation, explique son actuel propriétaire, Serge Porcher. D’abord, l’époque médiévale avec un château fort, le pendant modeste de Fort La Latte. Ensuite, la période Vauban avec des soldats en garnison et la construction d’une poudrière. Et enfin la demeure privée, en effet depuis 1826, l’île est la propriété de particuliers ».

Tout commence par le passage en 580 de Saint Colomban, missionnaire irlandais, précurseur de l’Idée Européenne, qui fonde le monastère L’Hermitage, à l’origine de Saint-Coulomb.

En 1026, les ancêtres de Bertrand Duguesclin construisent un imposant château fort, flanqué de trois tours, abritant un donjon et une citerne profonde de 33m. Parmi ses occupants, on peut citer Jean sans Terre, roi d’Angleterre, qui en 1207 l’occupa de force. Il en fut chassé à la suite de sanglants combats dans la baie. La famille Duguesclin, trouvant le site trop exposé, construisit un nouveau fort dans les terres. L’ancien fort, démantelé depuis, fut rasé en 1757 pour y construire un fort militaire, comprenant caserne, poudrière et canons.

Démilitarisé en 1826, le fort est vendu aux enchères à des particuliers qui donnent à cette maison son charme actuel.

En 1920, l’île est acquise par le maire de Saint Servan. De 1942 à 1944, comme toute la région, le fort fut occupé par l’armée allemande.

C’est en 1959 que ce lieu paisible et remarquable séduisit Léo Ferré. Il y resta pendant 10 ans. Après son départ le fort a été laissé à l’abandon de nombreuses années, suite à des problèmes de succession entre les héritiers de Léo Ferré.

L’Ile du Guesclin, repaire de Léo Ferré

C’est en 1996, que la famille Porcher a pu l’acquérir, la rénover et l’entretenir. Les nouveaux propriétaires, par contrainte autant que par choix, équipent l’île d’une installation à la pointe du progrès en termes d’énergies renouvelables. A l’époque, tout marchait au gaz, ils ont  décidé d’y installer l’électricité. Pour les générations futures, ils ont veillé à mettre en place un développement durable et respectueux de la nature, par des équipements tels qu’une éolienne, des panneaux solaires et une citerne d’eau douce pour assurer la vie et le confort sur l’île préservant ainsi l’authenticité de cet endroit. Ils étaient très en avance. 

Parallèlement à leur engagement écologique, ils ont également pris soin de faire perdurer l’histoire musicale du lieu, en remettant un piano à queue Steinway de 1912, à l’endroit même où Léo Ferré créait ses légendaires compositions sur un piano à queue Pleyel vendu aux enchères après sa mort.

Léo Ferré et l’île … un coup de cœur

« Je suis le fantôme de Jersey » chantait Léo Ferré dans « La mémoire et la mer », un texte écrit lors de ses séjours sur l’île. Près de 45 ans après son départ définitif du fort du Guesclin, le souvenir du poète-chanteur flotte encore les soirs de brume. L’histoire raconte que lorsque Léo Ferré visita l’île pour la première fois, il tomba en sanglots d’émotion et décida immédiatement de l’acquérir. Ne disposant pas d’assez de ressources financières, il demanda un avoir à sa maison de disque sur son prochain album.

La suite de l’histoire lui donnera raison puisque Léo y a par la suite créé ses plus grands succès. Léo Ferré a résidé sur l’île de 1959 à 1969. Il y vivait la plupart du temps avec Madeleine son épouse, Annie sa belle-fille et Pépée, une jeune guenon qu’il considérait comme une personne à part entière.

Elle tenait une grande place dans la vie de l’artiste. Les nombreuses escapades de l’animal sur la plage l’ont contraint de construire une cage imposante, «non c’est une volière» corrigeait-il.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans son salon, aux boiseries sombres et au plafond cerise, face à la mer qu’il composait, notamment certaines de ses plus belles œuvres :  ‘’La mémoire et la mer’’.

photos personnelles à ne pas reproduire

« Je suis sûr qu’il a senti une force spirituelle qui l’a aidé à écrire. Ici, on ressent le côté éphémère de la vie et le côté éternel de ce rocher », raconte Serge Porcher.

L’île, aujourd’hui

Après le décès de son père, Serge Porcher, féru d’art et de musique, désormais propriétaire de l’île, décide de continuer de faire vivre le fort grâce entre-autres au soutien de nombreux amis artistes et crée en 2012 l’association Les amis de l’île du Guesclin. Partage, protection et mise en valeur du patrimoine sont les fondements de l’association et de Serge Porcher. 

« Mes parents ont rénové la maison. Ils aimaient soigner la maladie de la vieille pierre «  explique Serge Porcher, et d’ajouter : « quand mes parents ont acheté l’île en 1996, la cage de Pépée, une immense cage en fer, occupait tout un côté de la maison. Depuis, la cage de Pépée a laissé place à une grande terrasse qui domine l’anse du Guesclin ».

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La maison, longtemps bastion militaire est entourée d’un jardin sauvage et luxuriant, que des palmiers et lavandes rendent presque méditerranéen.

« L’ile est fermée aux curieux mais ouverte aux amis ! »

Informations techniques

Comment fonctionne le fort en électricité et en eau ? Dans les deux cas, le fort du Guesclin fonctionne en site isolé. Pour l’électricité, sans raccordement au continent. La production d’électricité se fait depuis 2004 par panneaux photovoltaïques et stockage dans des batteries. En soutien, un groupe électrogène diesel complète l’installation qui fut totalement rénovée en 1998.

L’eau provient de la récupération des eaux de pluie et elle est stockée dans 3 citernes pouvant contenir jusqu’à 23m3. Dans l’habitation, l’eau est mise sous pression dans le circuit de distribution par pompage. L’eau chaude sanitaire est produite par les panneaux solaires thermiques. Le puits, citerne historique creusée dans la roche, trop profonde, n’est pas exploité.